This is Alaska too !
Les locaux n’avaient pas menti, le sale temps n’aura pas mis longtemps à reprendre ses droits sur Valdez.
Nous mettons les voiles par une matinée passablement pluvieuse et brumeuse direction Whittier, de l’autre côté du Prince William Sound.
En théorie, ces presque six heures de traversée du détroit réservent au voyageur un feu d’artifice de fjords et glaciers. Pour nous, ce sera plutôt ambiance pétard mouillé. On aperçoit bien une colonie de lions de mer sur une plage, mais trop loin pour qu’on distingue vraiment autre chose qu’un enchevêtrement de masses marrons. Quant à leur tirer le portrait, on n’y songe même pas. Alors que le mode automatique de l’appareil photo déclenche le flash à chaque tentative et que l’équipement full Cousteau est de sortie pour affronter la température ambiante, on apprécie pleinement l’humour autochtone qui consiste à appeler « solarium » le pont supérieur du ferry. Juste avant notre arrivée à Whittier, un nuage daigne s’effilocher quelques minutes pour nous dévoiler un carré de glacier profondément bleuté.
Expérience un peu ratée ? Pas exactement, car le décor de cette traversée revêt malgré tout une dimension presque irréelle… Le clair obscur du champ de vision, l’épais brouillard qui sectionne le paysage par le milieu, le silence presque sourd de la baie et la surface de l’eau trop calme sur laquelle nous frayons provoquent une sensation étrange de flottement, propice à enfiler un casque audio et rêvasser un peu… ambiance « Sleepy Hollow » dans les Fjords!
(…)
Nous étions prévenus, mais l’arrivée dans l’exquise Whittier ne manque pas de produire son petit effet. A l’origine, cette bourgade est l’une des bases américaines construites à la hâte pendant la seconde guerre mondiale suite à l’attaque japonaise sur les Iles aléoutiennes. Ce passé militaire a légué à l’endroit deux abominables barres d’immeuble, dont l’une, abandonnée, tombe en ruine. A ce qu’il paraît, la seconde tour, toujours habitée, héberge encore aujourd’hui la majorité des 159 résidents permanents. Après un petit tour à l’intérieur à la recherche de … hum, rien, on décide de remettre nos projets d’investissement à plus tard.
Avec son architecture toute soviétique et son atmosphère décrépite, Whittier aurait presque un petit air de Moldavie, pour ceux qui ont la chance d’avoir foulé un jour les riantes avenues de Chisinau (nldr : no offense to our Moldovan readers). On l’aura compris, ce ne sont pas les charmes de Whittier City by night qui attirent ici les visiteurs égarés, mais plutôt les ballades en bateau ou kayak du détroit et dont les paysages spectaculaires et la faune marine font la réputation. Comme on n’y voit goutte, ce sera pour une autre fois.
Whittier décidément ne fait rien comme les autres, et nous réserve une dernière expérience : pour quitter la ville par la route, il faut emprunter un tunnel long de 2,7 miles, excessivement étroit (mettons un mètre tout au plus de chaque côté du Duke), avec circulation alternée sur une seule voie. L’impression à l’intérieur est -encore une fois- assez étrange, et quelque peu inconfortable (pour Julie, car l’énergumène au volant adore). On roule sur les rails, puisque le tunnel a été originellement creusé pour les trains, et seulement récemment ouvert à la circulation automobile. L’eau suinte de parois rocheuses sombres et ciselées à l’état brut. Visuellement, ça rappelle un peu les galerie de pierre de Normandie creusées dans la roche pour abriter les V2 pendant la seconde guerre mondiale.
Réveille-toi Roland Emmerich, le décor est idéal pour un chouette nanar catastrophe à l’américaine tendance Sylvester Willis : Tensionnage stratégico-économique (avec des lybiens) > Coup-fourrage > Bombardage > Eboulage > Cedage de barrage > Montage des eaux > Descendage d’organe de Mary > Sauvetage option muscle de John > Sortage de deux-trois vannes > Patriotage > Emballage de Mary.
Sortie du tunnel… nous entrons dans la Kenai Peninsula, presqu’île qui s’étend au Sud d’Anchorage, et descendons vers Seward, toujours sous un temps de cochon. Nichée au fond d’une baie profonde (Resurrection Bay), entourée de glaciers (ça commence à devenir lassant
), Seward occupe un site supposément magnifique. On n’en saura pas grand chose, là encore… Une petite ballade sur le port histoire de se rassurer (ici aussi, la pêche est une affaire sérieuse), on claque une bise rapide à l’Exit Glacier dans la grisaille, et on file vers Homer où la météo nous promet deux jours de beau temps.
On commence à comprendre qu’il ne faut pas laisser passer ces occasions-là. This is Alaska too !
J’ai de plus en plus froid à la lecture de vos pérégrinations « alaskaiennes »
aujourd’hui grand beau temps ensoleillé,je me suis baignée ce midi au Rudel,l’eau
était très bonne mais la journée s’est terminée par une bonne ondée orageuse courte
mais bien tassée.
M
Moi je mange des glaces, c’est pas mal non plus…
Bises
F