This is Alaska
L’Alaska, ca commence par :
A. Des trombes d’eau au poste frontière de Poker Creek et un nouveau tampon rigolo sur le passeport?
B. Une route improbable et cabossée dans un brouillard à couper au couteau ?
C. Un premier bled au nom hasardeux de Chicken ?
D. La lettre A
–> Réponse : un peu tout à la fois.
…
Nous quittons Dawson city par la « Top of the World Highway » après une traversée en bateau de la Yukon river et passons un poste frontière US paumé dans les montagnes embrumées… A vrai dire, nous ne croisons guère sur cette « route » qu’une dizaine de véhicules égarés et un coyote bien trempé qui ramène sa proie au terrier pour déjeuner au chaud.
Plusieurs dizaines de kilomètres plus tard, nous nous arrêtons dans une sorte de village, ou plutôt un endroit qui rivalise avec Hyder (Cf. article Stewart-Cassiar), perdu au milieu de nulle part, quelques carcasses désossées de voitures ici et là, un petit café, 12 personnes au compteur du recensement local et une histoire de chercheurs d’or pour tout passé comme le veut la région. L’appellation de ce trou est cocasse : des chercheurs d’or établis dans le coin voulaient appeler ce lieu Ptarmigan (la traduction anglaise de “lagopède”, comme chacun sait), mais étant incapable de l’épeler correctement, ils choisirent le nom de Chicken… ce qui vaut aujourd’hui à ce village de vendre toute sorte d’objets aussi inutiles que drôles à l’effigie du poulet.
Nous poursuivons cette première route américaine pour rejoindre l’Alaska Highway, quittée plus tôt du côté de Whitehorse, et le soleil retrouvé, nous faisons une halte rapide dans la ville de Tok pour décrasser un peu le Duke que la piste a considérablement habillé de boue. Cap au Sud de l’Alaska : les virages nous entrainent entre des paysages de montagnes abruptes, de grands lacs, de forêts impénétrables, avec en toile de fond les cimes enneigées et les glaciers du Wrangell – St. Elias National Park.
C’est la météo qui nous pousse à descendre sur Valdez, ville côtière du sud de l’Alaska tristement célèbre pour la catastrophe écologique de 1989. Il doit y faire beau pendant 48H et c’est apparemment suffisamment rare, foi de locaux, pour justifier le détour. La route en elle-même vaut le voyage, alignant le Worthington glacier, le Keystone Canyon, la Thompson pass et de nombreuses cascades. A Valdez, 4500 résidents à l’année, les deux activités principales tournent autour du pétrole et de la pêche. C’est à Valdez qu’aboutit le pipeline en provenance de Prudhoe Bay, tout au Nord de l’Alaska. Côté pêche, il faut voir le port s’animer en fin d’après-midi, à mesure que rentrent les bateaux. Les poissons sont vidés sur des plateformes qui attirent les badauds aussi sûrement que les mouettes. Stratégiquement postées, ces dernières attendent tranquillement leur heure, certaines de voir défiler têtes, queues, nageoires et autres bas morceaux.
Mais ne sont pas les seules ressources du coin, car c’est d’ici que l’on peux approcher de près l’un des plus majestueux glaciers du 49ème État : le Columbia Glacier. La météo n’ayant pas bougé, on réserve pour le lendemain une virée en kayak. Levés à l’aube (aucun mérite, la nuit de dure pas bien longtemps par ici), nous voila partis sur un petit bateau à gros moteur (États-Unis oblige) pendant une bonne heure et demi en direction du glacier. Les quelques derniers miles nautiques parcourus avant le drop point laissent déjà apparaitre quelques morceaux de glace flottants ici et là, mais rien de comparable avec ce qui va suivre. Nous avons tout l’équipement du parfait kayakiste : les bottes, la jupe, le gilet de sauvetage, le falzar de pluie, les polaires et la “rain jacket »
… et après quelques indications de notre guide sur l’utilisation du radeau et sur le comportement souvent imprévisible des icebergs, nous nous lançons avec 3 autres kayaks dans l’aventure.
P***** Quel SPECTACLE ! La mer est d’un vert-gris mat et sa température n’excède probablement pas les 2 ou 3 degrés (autant dire que les mouvements brusques sont à éviter car se retourner est fortement déconseillé), les côtes sont escarpées et des montagnes couvertes de neige descendent sur des plages de gros galets noir et gris… A la surface de l’eau flottent un peu partout (ou reposent au fond, selon leur taille) des blocs de glace bleutés, parfois transparents, parfois opaques, produisant toute une gamme de bruits sourds et de craquements sous l’effet de leur fonte. Nous pagayons à bonne distance car les blocs se disloquent régulièrement, laissant parfois s’échapper à l’eau une partie de leur masse et basculant complètement sur eux-même. Quelques loutres de mer jouent à cache-cache, au loin le glacier Columbia s’étend à perte de vue mais nous ne l’approcherons pas davantage car l’été (ha ha) est propice à la chute de blocs géants pouvant soulever des vagues de plusieurs mètres…
Deux heure à l’aller, une pause sur une plage pour se reposer et déjeuner face au glacier, et c’est déjà le retour. Les formes dessinées par ces ilots glacés ne sont déjà plus les mêmes car le soleil les sculpte au fur et à mesure que le jour avance. Les blocs ont dérivé et leurs couleurs sont différentes, l’appareil photo tourne à plein régime… le spectacle de ce champ de glace flottant surplombé par le glacier est total jusqu’au dernier coup de pagaie.
Un de nos compagnons de rame tentera bien de ramener un morceau de glace glané à la surface de l’eau, mais la loi de la nature est impitoyable et il ne restera que de quoi rafraichir un ou deux verres à l’arrivée au port.
De retour à Valdez, nous nous offrons le luxe d’un RV park pour nous reposer de cette magnifique journée, les yeux encore givrés.
(En complément de la réponse A)


Magnifiques ces gros « glaçons » dans une eau déjà très « fraîche » ! Merci encore à vous pour ce voyage commenté avec talent et admirablement illustré. Je vous sens heureux et vous avez bien raison de goûter pleinement ces instants de liberté qui nourriront votre existence et qui pour l’instant me font rêver. Aujourd’hui très beau temps en région parisienne et invitation chez notre amie Hélène. Tous les jours une petite promenade pour « digérer » les bons petits plats pris entre amis. Bonnes « prises » à vous et bises affectueuses d’une « voyageuse qui ne suce pas seulement de la glace » !
Bises à toutes les deux, profitez-bien de votre séjour en région parisienne. Nous, on fait face à un temps résolument hostile, et on se demande si on persiste quelques jours en Alaska avec l’espoir que le soleil réapparaisse ou si on prend la tangente… Au moins, on va pouvoir mettre à jour le blog, on a quelques épisodes de retard:) Encore des bisous, et à « bientôt »
Hello les aventuriers,
Vraiment là vous faites très très fort : le sujet, le style, les images, pas de doute National Geographic vous tend les bras !
Profitez et profitez encore, mais prudence Bruno, Julie a été élevée dans une eau à 28° …
Bises
De gros jaloux
Dont’ weury John-Claud ! Le délicat bucheron qui sommeillait en moi prend bien soin de désapprendre à votre descendance ses luxueuses habitudes lagonesques… en ceci que chaque matin, votre dévoué coupeur de bois la balance promptement dans un torrent local dont la nordique couleur laisse rarement penser qu’elle excède les 6 degrés (Fahrenheit, œuf corse).
De plus en plus costaud ce voyage !qu’est ce qui va vous arrêter dans ce grand Nord
magnifique mais si difficile à vivre pour les européens que vous êtes ?
Je viens de passer un jour et demi avec Robert et Janette David à Saint-Malo ;retrouvailles toujours aussi sympathiques avec eux ,les anciens grands baroudeurs
(10ans de Guadeloupe et 10 ans de Polynésie ), ravis que je leur raconte votre grande
aventure;à une autre échelle que le Canada ,les remparts de St Malo sous le soleil,
c’était magnifique
gros bisous
M
Be moi c’est plutôt piPierre loti dans pêcheur d’Islande, ou mieux l’almanach breton car dans ta tenue c’est plutôt un pêcheur à pied que ne renierai pas Henri au Rudel…. Bon la lecture est vraiment sympa, j’ai lu tout ça en rentrant de Paris vers vannes dans le TGV, c’est très dépaysant, on s’y croirait.
Bises
F
En y repensant cette nuit, eh oui…les images sont tellement superbes, je me demandais si cette tenue de la photo était vraiment adaptée à du kayak!
Nous avons tous que des bottes sur un bateau c’est pas vraiment terrible comme équipement, alors sur un kayak!!!
Bon d’accord Julie était devant mais quand même…
Allez bises affectueuses à vous deux
F