Alturas andinas
Quitter Eugène, les parades gauchos et le village de San Antonio de Areco n’est pas affaire facile. Le temps ne presse pas, et une fois achevées les festivités nous prenons tranquillement la route pour le nord-ouest, en direction de Salta. Nous embarquons dans un de ces bus confortables dont l’Argentine a le secret pour une nouvelle traversée nocturne à travers la pampa. Cette fois, le lecteur DVD ne bouclera pas pendant 1H30 sur le menu d’accueil du film, et c’est au prix de 14 heures de voyage dont 4 ou 5 nanars joués à volume sonore incohérent que nous arrivons à destination.
Salta nous accueille dans la grisaille, la seule fenêtre de la chambre réservée donne sur une cour intérieure dépourvue de lumière, l’hôtel sur lequel nous nous rabattons en second choix est d’une propreté franchement relative, les chambres n’y valent guère mieux que dans le premier, et la seule disponible est avec lits superposés… Pas le courage de continuer à arpenter la ville avec nos sacs, nous posons nos baluchons, déplions nos duvets sur nos paillasses respectives, et nous armons de courage -et de tongs- pour affronter les douches partagées (PDLR : il nous arrive dans des moments comme ceux-là de regretter notre bon vieux Duke avec qui il n’était besoin ni de bus, ni d’hôtels, ni de faire et défaire nos sacs, ni de s’abreuver de guides de voyage pour planifier, organiser, réserver…). Hormis les détails matériels susmentionnés, l’hôtel se révèle plutôt accueillant, et nous décidons de participer à l’asado prévu dans le jardin avec quelques uns de nos compagnons d’un soir. Les grillades sont parfaites, la compagnie est bonne… une soirée agréable (Bruno entamera péniblement l’ascension vers l’étage supérieur de son lit peu avant 4h du matin, après moults parties de billards et une démonstration de chant très appréciée des autres pensionnaires…).
Accaparés par quelques joyeusetés d’ordre administratif ayant trait à nos possessions parisiennes, nous ne prenons pas vraiment le temps de faire honneur à « Salta la linda » lors de ce premier passage, et décidons de mettre cap au Nord en direction de la frontière bolivienne. Nous mettons les voiles en compagnie d’une charmante jeune femme, professeur d’arts plastiques à Paris XXème de son état, rencontrée dans notre hostel préféré. Cette nouvelle tentative de ménage à trois nous rappellera bien vite que François, nonobstant ses qualités de ronfleur hors-pair, n’est pas seul à ‘ronronner’ bruyamment à la nuit tombée (PLDR : mais quelle est la proportion réelle de la population française qui ronfle ? Pour notre part, nous avons identifié LA grande cause nationale qui mérite l’attention de nos candidats à la présidentielle : oubliez le H1N1 et la sécurité routière, mais par pitié faites quelque chose contre le ronflement!
).
Une fois cette équipe de choc constituée, nous menons une étude approfondie du marché de la location de voiture à Salta, sur la base du seul critère financier. Ce qui nous vaudra sans surprise cinq jours d’exploration à bord d’un tacot sur-kilométré menaçant de couler sa bielle à chaque côte un peu sérieuse. Par chance, notre citronault pipo, rebaptisée « pachamovil » en hommage aux croyances andines, résistera au choc.
La route secondaire empruntée au départ de Salta n’est pas inoubliable, mais très vite après avoir dépassé San Salavador de Jujuy, la route vire et s’élève vers un haut plateau aride, véritable porte d’entrée de la superbe Quebrada de Humahuaca, gorge accidentée aux roches polychromes. Ce sont avant tout les empreintes laissées dans cette nature superbe par les vagues successives d’un peuplement vieux de 10.000 ans (terrasses agricoles, forteresses, sites d’art rupestre…) qui ont valu à cette région son inclusion au patrimoine de l’UNESCO. Mais à l’exception des petites églises en adobe aux toits de cactus, nous faisons un peu l’histoire buissonnière, préférant nous laisser happer par les paysages que par les musées et les fortifications en ruine.
A mesure que nous avançons dans la vallée, la température grimpe et le vent forcit, faisant tourbillonner le sable sur notre chemin, et créant parfois cet univers cher à John Ford dans les petits villages que nous traversons. Notre première véritable halte se fait au village de Purmamarca, dont le nom signifie « village de la Terre Vierge » en langue Aymara. Des ruelles de terres, des bâtiments de plein pied en adobe, une place centrale carrée dominée par l’une de ces petites églises caractéristiques de la région… Le village ne manque pas de charme, mais il semble avoir vendu un peu trop de son âme au tourisme. Peut-être est-ce lié à l’heure de notre visite, à la mi-journée, mais la seule activité perceptible semble être la vente d’artisanat local… Pour autant, nous prenons plaisir à retrouver les visages, les couleurs et les étoffes andines, qui nous rappellent le Pérou.
Une courte randonnée autour du village nous permet d’apprécier un site exceptionnel, fait de rocailles multicolores, de cactus géants, de canyons et de larges failles dans lesquels se baladent lamas et chiens errants. Le soleil est de plomb mais nous allons rapidement nous y habituer à mesure que nous progressons dans cette Quebrada.
Nous faisons étape pour la nuit un peu au Nord, à Tilcara. Plus important, le village nous séduit davantage : ici, le temps ne semble pas s’écouler au seul rythme des arrivées et départs des bus de tourisme, même si la prolifération d’hôtels et de restaurants ne laisse pas de doute sur l’impact du label UNESCO. Nous déambulons avec plaisir dans les ruelles pavées, observant la vie qui nous entoure, et nous arrêtons un moment sur la place centrale, où les anciens observent distraitement les plus jeunes. Nous goûtons pleinement cette atmosphère de village depuis le jardin de notre abri d’un soir, un repère un peu hippie, où les paroles de Yellow submarine dessinent des arabesques sur des murs jaune pétard. Le soleil se couche tranquillement derrière les montagnes, on n’entend rien d’autre que les éclats de voix des passants et des gamins qui jouent, les aboiements des chiens et les braiments des ânes. On est bien…
Après une nuit assez bucolique (les hippies sont comme les chats, ça fume, ça boit, ça refait le monde et ça se couche tard…), on s’élève par une route en corniche vers la « gorge du diable », un canyon encaissé parsemé de cactus. Les vues sur la Quebrada sont saisissantes et une petite marche nous permet d’atteindre une jolie cascade.
On poursuit ensuite jusqu’au village de Humahuaca. Un orage bref mais violent nous y accueille et les rues sont inondées en quelques minutes… la décision est rapidement prise d’y passer la nuit en attendant des cieux plus cléments. Les filles marchandent pour le plaisir avec le réceptionniste de l’auberge, qui consent à baisser le prix… s’il retire les serviettes de bain ! Ce deal rigolo nous tient un bon moment : à combien aurions-nous pu descendre si nous avions renoncé au dessus de lit, aux ampoules, à la chaise ? Nous ne le saurons jamais:) Nous terminons la soirée avec un bon steak de lama. Réveil sous un beau ciel bleu lavé par la pluie, c’est dimanche matin et nous passons un long moment sur la place centrale, à regarder l’animation qui règne autour de l’Eglise : les familles arrivent sur leur 31, elle est si pleine que beaucoup écoutent la messe dehors, un dimanche matin comme il devait en exister dans nos villages il y a quelques décennies…
Un peu plus au Nord, nous quittons l’asphalte pour une piste chaotique et très sinueuse en direction du village d’Iruya. Les 60 kilomètres de terre et de pierres qui nous séparent du village sont impraticables par temps de pluie pour une voiture comme la nôtre car il faut à plusieurs reprises franchir des rivières. Par chance les précipitations de la veille n’ont pas trop fait monter les eaux et nous passons sans problème le premier cours d’eau au village d’Iturbe. Le lieu ressemblerait presque à un bled marocain au pied de l’Atlas… quelques maisons éparses reliées par une poignée de ruelles en terre, des adultes occupés aux travaux des champs aux alentours ou gardant leurs troupeaux, tandis que les écoliers célèbrent la sortie des classes à grands renforts de jeu. A la sortie du village, l’un de ces petits cimetières andins aux tombes ornées de couronnes de fleurs artificielles multicolores. Et surtout le contraste entre le vert de ce petit oasis et l’aridité des hautes montagnes environnantes.
La piste franchit un col à plus de 4000m avant de redescendre dans un entrelacs de courbes sur de fines lignes de crêtes, surplombant de profonds à-pics et longeant une grande faille de roche noire.
Près de 3h plus tard et redescendus à 2800m, le minuscule village d’Iruya nous apparaît enfin. Jouissant d’une incomparable situation de nid d’aigle au confluent de deux rivières (les ríos Coranzulí et Milmahuasi), le village s’organise autour de son épicentre, une adorable église à chapeau bleu donnant sur une petite place pavée à flanc de montagne. Les ruelles sont sacrément pentues, et notre hôtel se trouve tout en haut du village. Mais nous sommes récompensés par la vue depuis notre terrasse… Le cirque de montagne enveloppant Iruya est vertigineux, et il est aisé de s’y perdre en tentant de suivre du regard les aigles qui planent. Ici, le tourisme se fait rare et discret. Les villageois conservent encore bienveillance et curiosité envers leurs invités d’un jour. On se salue dans les ruelles, nous plaisantons avec la vieille dame qui tient la boutique du coin, et nous nous disons égoïstement que nous aimerions que cette route ne soit jamais goudronnée.
Le lendemain, nous prolongeons le plaisir avec quelques heures de randonnée en direction de San Isidro, plus isolé encore. Notre professeur de peinture sur soie peine un peu… nous nous planterons de chemin ici puis là, mais nous finirons par atteindre ce hameau. La vieille dame qui nous accueille pour déjeuner nous fait profiter de son jardin de poche, où s’entremêlent pieds d’œillets et rosiers.
Nous quittons ce coin à regret, pour redescendre sur Tilcara. Sur la route du retour, nous croisons les premières vigognes de notre voyage. Déjà quatre ans que nous leur avions dit au revoir sur les berges du lac Titicaca ! Elles n’ont pas changé, nous non plus
Nous clôturons nos dernières heures de pachamovil avec la visite des Salinas Grandes, auxquelles on accède via une étourdissante ascension en épingles à cheveux, la « Cuesta de la Lipan ». Une fois franchi un nouveau col à 4200m, nous redescendons vers un plateau désertique où s’étalent les salines. Nous vous épargnons nos tentatives descriptives, les photos vous en diront plus, notamment sur les projets de reconversion professionnelle de Bruno.
Nous profitons un peu mieux de Salta et de son agréable plaza 9 de Julio au retour, le temps de déterminer notre itinéraire des prochains jours. La Bolivie et son Salar d’Uyuni nous tendent les bras à quelques heures de bus à peine. Nous partirions bien aussi à l’assaut du village de San Antonio de los Cobres, à près de 4000 mètres d’altitude et de la ruta 40 qui le relie à Cachi puis à Cafayate et à ses vignobles d’altitude, via le plus haut col d’Amérique Latine franchissable en voiture, l’Abra del Acay (4900m). Mais il nous faudrait un 4X4, totalement hors budget… Et puis nous sommes déjà en été, et dans cette région, il s’accompagne de lourdes pluies qui ont déjà débuté. Après moult hésitations, on s’en remet au dieu soleil : direction le désert de l’Atacama au Nord du Chili.
RDV à Atacama
Bises
PS : A ceux qui se seraient posé la questions, PDLR = Plainte De La Rédaction






BON A CHAQUE FOIS JE ME PRENDS UNE TARTE MAIS QUEL VOYAGE FANTASTIQUE! DE BON MATIN J AI DEUX PHASES: RAHHHHHHH JE VEUX PARTIR!!!!! ET ENSUITE, BIG SMILE, C’EST TROP BON! ET LA MES COLLÈGUES ME DISENT:NICO EST SUR LE NEZ AU VENT!!! MONTRES NOUS LES PHOTOS!!!
LE CONTRASTE EST SAISISSANT ENTRE LE TEMPS QUE VOUS AVEZ LA BAS ET LE NOTRE QUE JE PEUX RÉSUMER AINSI: PLUIE, PLUIE, FROID, PLUIE, FROID… LA LOOSE!! OU ALLEZ VOUS DONC PASSER VOTRE JOUR DE L’AN? SUR LE TOIT DU MONDE DANS LES ANDES OU SUR UNE COTE ENSOLEILLÉE A BOIR UN ALCOOL LOCAL! BON EN TOUT CAS CELA FAIT BIEN PLAISIR DE VOUS VOIR EN PLEINE FORME! JE VOUS BISE
Boire un alcool local ? Jamais, nous ne buvons que de l’eau de source !! Pour les fêtes de fin d’années, ce sera plus probablement en Patagonie, donc pas forcement au soleil… on verra bien
Des Bises
Votre voyage de manque pas de « sel »… On sort de cette lecture essoufflée(s) mais heureuses de vous avoir suivi (dans notre fauteuil, au chaud un verre à portée de main) contre vent, pluie mais aussi sous la chaleur et la poussière, dans les ruelles tranquilles d’un village du bout du monde ou dans une auberge bruyante et joyeuse…Sur le toit du monde, en bravant les ornières et la boue, pour mériter une terrasse avec « vue » à couper le souffle. On passe du « chaud » au… « piquant » de votre récit mais sans « ronfler » ! On sourit en vous imaginant dans des chambres improbables au confort très sommaire… où les scènes intimistes demandent quelques acrobaties… On vous sent très heureux de vivre et de profiter pleinement de ce voyage que chacun d’entre-nous rêvait de faire et que vous nous offrez « dans un fauteuil » ! Nous prenons le « ticket » pour la suite… En couleur !!! Bises et « bon vent »
On vit ce voyage avec vous par procuration;;passer de la « Tradition » (je n’ai pas fait d’espagnol ) animée,colorée aux paysages désertiques tout autant colorés mais silencieux ,et grandioses des Andes ,quelle merveille ! on en redemande
Bisous
Mum .
…Oui là c’est officiel, nous sommes encore à la super bourre pour la mise à jour du blog… Mais nous ne devrions pas tarder a rattraper ce retard pour assouvir votre demande madame
Des bises
Hmm, c’est moi ou je vois des cheveux sur la tête de l’ours ? ça sent peu à peu le beatnik tout ça, et le beatnik, ça sent bon !
… Tes cheveux longs te manquent mon petit ? Créez un club avec Olive muaaahh