San Antonio de Areco
Nous rejoignons le village de San Antonio de Areco, autoproclamé Cuna de la Tradición (Berceau de la Tradition avec un grand T), pour le dernier week-end de la Fiesta de la Tradición. Cette fête a lieu depuis 1939 pendant une dizaine de jours autour du 10 novembre, Día de la … Tradición.
Si après ces quelques lignes, vous êtes déjà en passe de saturer de la Tradición, passez votre chemin. San Antonio de Areco n’est pas fait pour vous. Le commentateur survitaminé qui assure seul l’animation des festivités semble incapable d’aligner une seule phrase sans le mot en T., assortissant chacun de ses commentaires d’un vigoureux Viva la Tradición qui remplace avantageusement la virgule (chez lui le point n’existe pas). Il faut dire que comme il nous le rappelle toutes les trois minutes, il remplit son office depuis 26 ans : une Tradición de plus donc, qui fait partie intégrante de l’expérience ! Décidément increvable, notre ami parvient à conserver de manière constante sur tout le week-end le même niveau de décibel qu’un commentateur sportif après un but décisif pendant le temps additionnel d’une finale de coupe du monde… C’est donc au son de sa voix tonitruante que nous passons notre week-end à San Antonio de Areco.
Le Día de la Trad*** célèbre la naissance le 10 novembre 1834 de José Hernández, auteur du poème épique Martin Fierro, l’une des œuvres fondatrices de la littérature gaucho. La fête de San Antonio de Areco est la plus importante du genre en Argentine et draine les gauchos de toute la région. Pas moins de 1341 cavaliers et 43 tropillas (on y reviendra) participent au grand défilé dominical de cette édition 2011, comme nous l’apprend la réincarnation locale d’Eugène Saccomano, qui manque de s’en étrangler d’enthousiasme…
Pourtant, notre premier contact avec le village est étrangement calme. Nous ne croisons pas un chat dans les rues qui séparent le terminal de bus de notre hôtel. Après les villages modestes du Nord Est et leurs quelques rues goudronnées, San Antonio dégage une aisance bourgeoise avec ses rues pavées, ses maisons basses et ses boutiques d’artisanat chic.
Sur la place principale, les quelques couples attablés en terrasse arborent lunettes de soleil et vêtements siglés. Pas très gaucho tout ça…
Nous ne tardons pas à nous apercevoir que les choses sérieuses se passent un peu à l’écart, de l’autre côté de la rivière, dans le Parque Criollo Ricardo Güiraldes, du nom de l’auteur du roman gaucho “Don Segundo Sombra”. Plus d’erreur possible à l’approche du parc, le crotin de cheval et les premiers hennissements de notre ami Eugène nous mettent définitivement sur la piste.
Les gauchos sont partout, arborant fièrement leur costume trad***, à commencer par les bombachas, une sorte de pantalon bouffant resserré aux chevilles, et la rastra, une large ceinture de cuir et de métal ouvragés. Le facón (un grand couteau) est fiché dans la ceinture. Un gilet et un foulard viennent habiller la chemise. Nos fiers cavaliers sont chaussés de bottes ou d’alpargatas (espadrilles). Le couvre-chef varie également: boina (béret), sombrero de fieltro (chapeau de feutre) ou autres calottes. Les femmes portent des robes longues colorées d’un autre âge qui recouvrent entièrement la croupe de leur monture. Les enfants font pleinement partie de la fête, et il est difficile de résister à ces modèles réduits dont certains n’ont pas trois ans, juchés sur leurs poneys et costumés de pied en cap.
Une carrera de sortijas (épreuve de course à la bague) est en cours à notre arrivée. Trois cavaliers lancent leurs chevaux ventre à terre vers un portique en bois, au bout d’une piste longue d’environ 200 mètres. L’objectif est de s’emparer d’une sorte de long clou de la taille d’un crayon suspendu au portique. Pour ceux qui y parviennent, les choses se corsent encore davantage. Ils doivent refaire la même course munis de leur trophée et parvenir à l’enfiler dans un cercle de métal de la taille d’une bague… Impressionnant… et pas facile à saisir en photo!
D’autres épreuves se déroulent dans la carrière principale, mais nous ne sommes pas sûrs d’en saisir toutes les règles. Il s’agit apparemment d’attraper ou de canaliser des chevaux plus ou moins sauvages. Un peu assommés par les 15H de bus de la nuit précédente (et par Eugène qui s’égosille), nous faisons une petite pause, en attendant le grand Fogón du samedi soir. L’ambiance est chaleureuse et bon enfant. Jeunes et moins jeunes, tout le monde est costumé et participe aux danses trad*** au son d’un orchestre où dominent les guitares. Les pas sont très codifiés, mais malgré le vino personne ne semble se tromper et la piste ne désemplit pas. Les hommes sont à l’œuvre autour d’un immense barbecue, une bonne odeur de viande grillée nous chatouille les narines, bière et vin coulent à flot… Qué mas ?
Une bonne nuit de sommeil et quelques alfajores plus tard, nous voici de nouveau à pied d’œuvre pour le moment que tout le monde attend : le défilé dominical. Il est 10 heures du matin, et la chaleur est déjà accablante dans les rues du village. Des spectateurs de tous âges se pressent déjà autour de la place centrale, essentiellement des locaux. Nous trouvons une petite place à l’ombre avant de nous rendre compte que les festivités commenceront un peu plus loin devant la tribune officielle. Nous nous frayons non sans mal un chemin vers un poste d’observation plus adéquat, et n’en décollons plus pour les 3 heures qui suivent…
Notre bien aimé Eugène déjà en plein orgasme microphonique habite totalement son rôle de maître de cérémonie avec les officiels, la fanfare militaire invitée pour l’occasion et les abanderados (cavaliers portant le drapeau national) qui viennent saluer Madame le Maire et ses quelque amis privilégiés. Que vive la tradicion, et que trépasse Eugène s’il faiblit !
Le spectacle est magnifique, à commencer par les danses traditionnelles aperçues la veille au soir qui ouvrent le défilé. Les couples tourbillonnent et enchaînent les pas (pas de pacotille, chemises fermées
) millimétrés au son de puissants hauts-parleurs. Puis c’est au tour de la grande parade de mettre le feu à la place. Eugène en pleine jouissance acoustique ne nous laisse pas une seconde de répit, il connait chaque famille, chaque gaucho, chaque cheval et a un (bon) mot pour chaque participant. Sur les pavés de la calle principal, les peñas (groupes ou familles de gauchos) arborent fièrement leurs couleurs et défilent presque au ralenti, sur leurs chevaux magnifiquement harnachés. Gauchos et gauchas rivalisent de séduction dans une ambiance festive ou se hèlent observateurs et cavaliers… On se retrouve, on rigole, on parade. Quant aux mini gauchitos et gauchitas, ils ont une fière allure derrière leurs parents. Eugène est en plein délire à leur passage, la relève est assurée, Viva la Trad***!
Le clou du spectacle est pour l’après-midi avec la poursuite des destrezas gauchas, (épreuves d’adresse variées). On commence par l’entrevero de tropillas. Là encore, les règles du jeu ne sont pas toujours très claires pour nous, gringos, et cette première épreuve ressemble à un joyeux foutoir à 4 (x200) pattes. Essayons de résumer : vous êtes à la tête d’un groupe de 10-15 chevaux (une tropilla donc, pour ceux qui ne connaissent de l’espagnol que paella et cerveza), dont vous êtes censé conserver à tout prix l’apparence compacte. Outre le cheval que vous montez, vous tenez par la bride la madrina (la marraine), une jument portant une grosse cloche. Le reste du troupeau est constitué de hongres entièrement libres (dans ces conditions, impossible d’avoir des étalons) dressés pour suivre fidèlement la marraine.
D’autres troupeaux comme le vôtre reçoivent l’ordre du fol Eugénio de se lancer au galop dans toutes les directions de la grande arène… Dans un nuage de poussière ocre monumental le jeu consiste à tenter de disperser les groupes de vos concurrents en coupant la route de leurs chevaux au galop. Autant vous dire qu’à certains moments on ne voit plus rien dans cette mêlée de canassons, de hurlements, d’encouragements et de poussière… on se demande parfois si on n’est pas en train de suivre la Mint400 façon Raoul Duke dans Las Vegas Parano.
Renseignements pris, la capacité à mener une tropilla s’avère être une compétence essentielle du gaucho, qui doit déplacer des troupeaux de bétail sur de très longue distances, ce qui nécessite de changer de cheval régulièrement. La tropilla lui permet à lui seul de déplacer tout un groupe (et pour la nuit, il suffit d’attacher la madrina pour que les autres ne s’égaient pas dans la nature). A l’issue de la mêlée, seuls quelques chevaux se sont détachés de leurs groupes et trottinent un peu paumés dans la carrière à la recherche de leur marraine… L’exercice est fascinant de précision, quoique moins sportif que la dernière épreuve qui doit encore départager le meilleur cavalier de cette 72ème édition.
Notre voisine, petite femme d’environ 72 fiesta de la trad***, s’apprête à quitter les lieux car, nous dit-elle, elle n’aime pas la cruauté du rodéo (jineteada ou doma gaucha comme on l’appelle ici) qui suit… nous ne comprendrons pas vraiment ce qu’elle nous dit avant d’avoir aperçu le premier des cavaliers en selle.
En guise de rodéo, des équipes de 2 ou 3 gauchos attachent un poulain non dompté (qui ne l’entend pas toujours de cette oreille) à un poteau afin de le seller et d’y faire monter un cavalier.
Une fois ce dernier installé, l’ordre est donné de libérer la bête, que le cavalier fouette violemment sur la croupe et l’encolure. L’objectif est bien évidemment de se maintenir en selle pendant un temps déterminé. Eugène a compris qu’il fallait tout donner et ça donne a peu près çà : Ecouter Eugène en roue libre ICI.
Comme dans tout bon rodéo, l’exercice ne connait que deux issues : victoire du quadrupède qui éjecte le gaucho fouettard, ou succès du bipède qui après une résistance significative se fait récupérer par 2 acolytes à cheval chargés de récupérer et calmer la bestiole en furie. L’exercice est effectivement cruel. Les coups de cravache violents suffisent à rendre fou le pauvre cheval qui n’a d’autre choix que d’essayer de se débarrasser de son cavalier. Certaines de nos photos zoomées nous montreront d’ailleurs les yeux exorbités et terrifiés de certains destriers.
Quant aux cavaliers, ils ne s’en tirent pas toujours au mieux. Au total, l’ambulance viendra 3 fois durant le w-e. Spectacle extraordinaire, même si cette épreuve met en lumière les méthodes de dressage pour le moins fermes des gauchos…
Après la finale du rodéo, c’est déjà la remise des prix qui vient conclure la fête.. On abandonne presque à regret Eugène, qui commence à tourner sérieusement en boucle, exténué par ses 48 heures de direct… L’histoire en dit pas s’il a terminé aphone… comme le veux la trad****.









J’ai comme l’impression d’avoir déjà vu ces scène quelque part….! J’espère que vous aurez bien profité de cette « dia de la tradicion » et de l’Argentine…!
De profiter, nous n’arretons pas de continuer… Et nous comprenons vos envies d’Argentine !
A bientôt
Quelle tradition ,là on est avec vous en direct; on a envie d’y être ;tout simplement
fantastique cet enthousiasme d’une population en liesse ;
MUM.
Je pense que cet événement aurait beaucoup plu à Claude