San Ignacio
Encore étourdis par le fracas des chutes d’Iguazu, nous embarquons en début de matinée dans un bus à destination de San Ignacio. En ligne de mire, les ruines de missions jésuites du XVIIème siècle, elles aussi classées au patrimoine de l’UNESCO (celles-là mêmes dont le film de Joffé raconte l’histoire).
Le trajet est en lui-même une aventure, qui commence la veille avec l’achat du billet. Une première agence se vantant de couvrir notre destination nous propose un trajet en 4 heures, départ 9H du matin. Au moment de conclure la vente, nous sommes redirigés vers l’agence d’à côté, car c’est elle qui a accès « au système ». Hmm. Le « système » en question affiche une arrivée à 14H45. Pas de problème, nous promet-on, il s’agit de l’horaire d’arrivée au terminus de Posadas, nous arriverons bien avant à San Ignacio. Ah bon. Une fois à bord le lendemain, nous nous enquérons de notre heure d’arrivée : 15H-15H30, si tout va bien… Soit.
C’est foutu pour la balade de l’après-midi, nous voici partis pour une journée entière dans ce bus déglingué et crasseux ! Comme souvent, ce genre de trajet n’est pas dénué de charme. Après tout, nous avons tout notre temps, et peu importe une journée de perdue. Cette seule pensée suffit à nous réjouir… Ne reste qu’à regarder filer les paysages et à se laisser absorber par les bribes de vies que nous dévoilent nos innombrables arrêts. Car voilà le secret qui permet à notre tortillard de parcourir un peu plus de 200 km en 6 heures : pas un seul des villages qui jalonnent notre étape ne lui échappe, sans compter les arrêts informels en bord de route pour laisser monter Alfonso le quincailler du village d’après, Felipe le bon pote d’Arsenio le chauffeur qui lui amène du mate, ou Maria qui vend contre 2 pesos un beignet… le spectacle est assez rigolo.
Enfin, nous voici à San Ignacio : l’endroit ressemble en tous points aux villages traversés en chemin. Autour des quelques rues vaguement goudronnées ou pavées du centre, qui accueillent les principaux édifices, les pistes de terre rouge reprennent très vite le dessus pour mieux s’enfoncer dans la selva. Les rues et les jardinets sont plantés d’arbres et fleuris et cette végétation luxuriante est pour beaucoup dans le charme des lieux. L’atmosphère résolument tropicale se prête aux mots en « eur » : chaleur, moiteur et … torpeur. Le village est comme mort aux heures les plus chaudes : seuls quelques touristes égarés vont et viennent dans la rue principale qui mène aux ruines jésuites et aux restaurants qui leurs sont dédiés. Ailleurs, les rues sont désertées, les grilles et les stores des boutiques baissés. Même les chiens errants battent en retraite et cherchent l’ombre. En matinée et en début d’après-midi, le village s’anime … mollement. Ici le temps semble s’écouler plus lentement.
L’auberge où nous posons nos valises invite elle aussi à ralentir le rythme. Sa piscine, même troublée par les violents orages de la semaine précédente, et les hamacs tendus sous les arbres de son grand jardin sont autant de pièges destinés à anéantir les velléités exploratrices des plus obstinés (dont nous ne faisons pas partie).
Nous parvenons tout de même à nous extirper de nos hamacs pour faire honneur aux ruines des missions jésuites. En tout, les jésuites ont fondé une trentaine de ces missions dans une zone à cheval sur les territoires actuels de l’Argentine, du Brésil et du Paraguay, entre le début du XVIIème et 1767, date de leur expulsion par la couronne espagnole que leur succès incommodait. Plusieurs milliers d’indiens Guaranis y vivaient et travaillaient sous la férule des Jésuites. Abandonnées par les Guaranis après le départ de ces derniers, détruites par les guerres, amputées de leurs pierres taillées, les missions ont été tardivement protégées et leurs ruines se réduisent à peu de choses. Restent les fondations et quelques pans de mur sculptés, qui permettent de reconstituer l’organisation de ces grands ensembles : l’église, bien sûr, dominant la place centrale, le cimetière adjacent, les salles de classes et ateliers, les habitations bien séparées des pères jésuites et des guaranis, puis les jardins potagers et maraîchers, et au loin les champs cultivés.
Si les ruines de San Ignacio Mini ont été en grande partie dégagées, celles de Loreto et Santa Ana, restent prises dans leur gangue de végétation, et la beauté des lieux tient pour beaucoup à cette nature exubérante qui reprend inexorablement ses droits. Les racines fissurent les murs et enserrent les colonnes jusqu’à les faire disparaître, tandis que les fleurs et les arbustes enfouissent les restes de pierres. Toute une faune a élu domicile dans ces ruines abandonnées et mangées par la selva, et mieux vaut faire attention où nous mettons les pieds…
San Ignacio peut également se targuer d’avoir été le lieu de résidence de l’écrivain uruguayen Horacio Quiroga, qui y a écrit ses « cuentos de la selva ». Située sur les hauteurs à la sortie du village, la maison et son jardin offrent une jolie vue sur les méandres du fleuve Parana, en contrebas. Juste récompense car les lieux se gagnent au prix d’une petite chasse au trésor. Quelques écriteaux peints à la main indiquent bien la « casa del escritor », mais leur distribution s’avère pour le moins erratique. Pas la peine d’espérer demander de l’aide aux villageois, la piste s’enfonçant très vite dans la forêt, encore moins aux autres touristes tentés par l’aventure : il n’y en a pas. Pour couronner le tout, un bel orage tropical est tombé dans la nuit, et les tongs ont une fâcheuse tendance à rester scotchées dans la terre boueuse.
Encore quelques heures de farniente dans notre auberge, et c’est déjà le moment de quitter le Nord-Est argentin. On a vraiment beaucoup aimé ce coin-là, ses bourgades nonchalantes, sa nature démesurée et ses moustiques un peu trop câlins. Ne reste plus qu’à mettre la main sur ces fameux contes de la forêt vierge pour poursuivre le voyage en lectures.
Rendez-vous au pays des Gauchos, du côté de San Antonio de Areco…


Ah ça me change de la ligne Péreire République…
Quelles couleurs, on sent l’ambiance chaude du sud
Bises
F
Memes magnifiques paysages et couleurs que ceux rencontrés dans un reportage TV hier soir »faut pas rêver » sur Madagascar terre rouge et végétation luxuriante; et l’altitude vous rappelle le Pérou;
Bisous
Mum
L’ambiance chaude correspond a la proximité du tropique du capricorne… par contre l’altitude nous n’y étions pas encore