Atacama
Déjà près de 5 mois que nous sommes partis. Avec le Duke, notre « maison voyageuse », c’est notre home sweet home qui a disparu. Home se réduit maintenant au contenu de deux sacs à dos bien dodus qui nous donnent un faux air – et un vrai rythme- d’escargots.
Dans ces conditions, les occasions de se sentir chez soi, même provisoirement, sont rares et appréciées. C’est ce qui nous est arrivés à San Pedro de Atacama, où nous avons poussé avec délice la porte du Sonchek, pour ne repartir que cinq nuits plus tard. Entièrement construit en briques d’adobe, véritable oasis de tranquillité dans un village par ailleurs un peu trop fréquenté à notre goût, cet hostal aligne ses quelques chambres rustiques autour d’une cour intérieure ombragée. Nous y avons passé de longues heures à bouquiner, rêvasser, et surtout ne rien faire, en compagnie d’une petite chatte grise plutôt joueuse, cherchant par tous les moyens à partager notre chambre et nos repas.
Voilà -ne rien faire- qui nous arrive de plus en plus souvent. Notre esprit semble désormais totalement en voyage… Ces parenthèses contemplatives font pleinement partie de l’expérience, et d’une forme de détachement qui l’accompagne. Pourquoi se presser, puisque nous avons demain, et après-demain, et après-après demain… C’est un luxe dont nous jouissons pleinement, conscients malgré tout que notre « errance » aura une fin. A regarder autour de nous, le syndrome paraît contagieux. Nos voisins semblent eux aussi remettre leur départ à plus tard, on lie connaissance au fil des jours, et l’architecture de l’hostal n’est pas seule à donner un air de concession villageoise à notre maison d’adoption.
A l’extérieur de notre bulle, l’atmosphère de San Pedro est assez particulière. Comme nous le confirmera notre guide le lendemain, le village ne vit que par et pour le tourisme, s’étant imposé comme une base quasi exclusive pour la découverte du désert de l’Atacama. Dans la calle Caracoles, les agences sont à touche-touche, proposant toutes les mêmes programmes. En fin d’après-midi, la rue draine un flot constant où se mêlent touristes en quête d’excursions, rabatteurs de toute sorte faisant le pied de grue devant leur restaurant ou leur agence, et quelques hippies attardés dont la peau n’est pas la seule à avoir souffert du soleil. On n’adhère pas, mais comme souvent, il suffit de s’écarter d’une rue ou deux pour laisser tout ça derrière nous. Comme le restaurant qui jouxte notre hostal est délicieux, nous nous éloignons peu de nos quartiers.
Bien décidés à éviter les excursions en groupe, nous nous mettons en quête d’une voiture de location pour explorer les environs. L’offre se limite à celle d’une agence filiale d’une compagnie internationale dont le nom associe un continent en pleine crise financière au mot voiture en anglais. Accueil du troisième type, prix exorbitants, information inexistante sur l’état des routes, pas d’assurance en cas d’ensablement.. On abandonne, et on décide de s’offrir le luxe d’une journée guidée en 4X4, rien que pour nous deux. Au menu, une escapade dans l’altiplano en direction du Paso Sico, l’un des points de passage de la frontière Chili-Argentine situé à 4100m d’altitude: salars et lagunes, villages aux ruelles poussiéreuses autour de leurs églises d’adobe, vigognes, nandous, mouettes andines et autres flamands roses, le tout au pied d’une spectaculaire succession de volcans aux cimes enneigées…
Difficile de vous décrire notre émerveillement, à mesure que nous découvrons les lagunes qui jalonnent notre parcours : Miscanti, Miniques, Tuyajto… Cette journée dans l’altiplano chilien à plus de 4000 mètres d’altitude se hisse sans difficulté parmi les moments les plus marquant du voyage, de ceux qui laissent sans voix. Longeant les rives des ces étendues d’eau aux couleurs irréelles, on ressent la même émotion qu’en se faufilant à coups de pagaie entre les icebergs du Columbia glacier. La splendeur de la nature impose le silence, absorbe, hypnotise. Notre guide William ayant organisé la journée à rebours des circuits des agences, nous sommes seuls la plupart du temps, jouissant pleinement de la magie des lieux lors de nos longs moments d’arrêt. Assis sur un bout de caillou, les yeux perdus à l’horizon, nous ne voyons guère passer le temps… On déjeune au bord du salar de Talar, en écoutant William nous décrire ses parcours de trek favoris dans les environs, sur deux ou trois semaines. Encore un rêve à réaliser… La journée se termine par une courte marche dans l’immense salar de Atacama, hérissé de cristaux de sels durcis sous un soleil de plomb, tandis que les flamands roses arpentent la laguna Chaxa.
Brusque changement d’ambiance le lendemain. La journée de la veille ayant sérieusement plombé le budget, nous nous en remettons à une agence bon marché pour la découverte des geysers du Tatio, à une centaine de kilomètres au Nord de San Pedro, en direction de la frontière bolivienne. Nous embarquons à 4H du matin dans notre minibus, l’objectif étant d’assister au lever du soleil sur les geysers. Présentée comme incontournable, cette visite nous laisse un poil sur notre faim, sans que nous puissions faire la part des choses entre ce qui tient à ce que nous voyons (c’est beau, sans être exceptionnel, on est plus proche des bouches d’égout fumantes de New York que de Yellowstone), et ce qui relève de notre mode de visite : programme millimétré, arrêt dans un village fantôme pour les achats de rigueur, explications hasardeuses de notre guide joyeusement bilingue : avec lui, les traductions anglaises sont amputées à 90% et les années soixante deviennent le « sixteenth century », ce qui donne lieu à quelques anachronismes cocasses sur les tentatives d’exploitation de l’énergie géothermique des geysers en question. Le sourire retrouvé, on profite des paysages magnifiques traversés au retour.
On remet ça le lendemain avec une agence un peu plus sérieuse pour une randonnée de quelques heures dans les paysages désertiques des bien nommées vallée de la mort et vallée de la lune. Nous cheminons entre l’ocre des dunes de sable, le rouge des canyons, et les affleurements de sel cristallin. Les paysages sont à nouveau saisissants sous leurs couleurs de fin d’après-midi, et nous profitons d’un coucher de soleil au sommet d’un promontoire rocheux dominant le désert.
Nous passons notre dernière matinée à déambuler dans San Pedro. Le village est beaucoup plus calme en début de journée : les touristes sont en vadrouille, les fêtards encore endormis, les restaurants pas encore ouverts. Avant de partir, nous faisons honneur au petit musée archéologique local et découvrons avec amusement que si les Shadocks pompaient et les Gibis riaient, les Tiwanakus eux se droguaient abondamment
Enfin, c’est l’heure du départ, en direction de la mythique Valparaiso,1500 km plus au Sud…
Nous gardons de ce morceau de Chili aux confins de la Bolivie et de l’Argentine un souvenir émerveillé, et l’envie d’y revenir un jour pour en explorer d’autres recoins encore, notamment pour refaire le trajet effectué en bus entre Salta et San Pedro, via le poste frontière du Paso de Jama, à 4200 mètres d’altitude.
Cap au sud !






Les tubes pour les substances hallucinogènes sont des pailles???
les photos à nouveau consultables sont vraiment bluffantes, on se demande ce qu’on fout ici sous la pluie grise de l’hiver, ça donne un petit coup de mou le soir avant de se coucher…
Le chat m’a l’air un poil effronté…
Bises
F
Oui les tubes sont des pailles qui servent à inhaler l’hallucinogène qui était contenu dans l’un des autres petits récipients. On n’a pas pu essayer, malgré l’insistance de Julie
Il y a un truc que nous ne comprenions pas avec ce chat, c’est que dès que nous buvions à la bouteille, quelle que soit son activité il s’arrêtait et s’approchait pour essayer de mettre sa patte dessus… mystère !
Des bises
PS : pendant le voyage aussi il pleut, et des fois il fait même froid
Complètement bluffants vos paysages grandioses qui me rappellent la Death Valley, ses petits lacs d eaux pâles et saumâtres ,ses étendues salées à perte de vue et ses palettes de rochers colorés :superbe ‘quelle chance vous avez de profitez de ces Joyaux naturels
Bisous
Mum.