Bienvenido a Valparaiso
Depuis quelques jours, un lieu aux échos lointains et au nom évocateur chatouille notre imaginaire. Indissociable de l’océan qui la berce, chargée d’histoire, bouillonnante de culture, la ville située 120 km à l’ouest de Santiago a déjà vécu plusieurs vies, formé des générations de marins, aspiré et inspiré nombre de voyageurs et d’artistes de par le monde. Si ses murs pouvaient parler, ils raconteraient la folle histoire qui l’a vue naître au 16ème siècle et prospérer du temps où le passage du cap Horn constituait la seule voie maritime entre Atlantique et Pacifique, faisant du lieu une étape obligée où hommes de mer, filles de joies, aventuriers ou vagabonds de toutes nationalités se croisaient… Bienvenido a Valparaiso !
La voix de Dominique A (« Oh, comme c’est beau Valparaiso / Ces couleurs, ce délabrement / Ce dédale où s’égare le vent… ») accompagne notre arrivée, saluée par la brume océanique, une habituée des côtes pacifiques chiliennes qui nous a escortés durant les dernières heures de notre voyage depuis Atacama… Un court trajet en taxi depuis le terminal de bus nous amène à notre hôtel. Au premier abord, le centre-ville ressemble à beaucoup d’autres en Amérique du sud. Des véhicules vieillissants crachant leur fumée noirâtre arpentent des avenues flanquées de bâtiments hétéroclites, où alternent les héritiers souvent délabrés d’un riche passé et de banales constructions modernes. Un indescriptible enchevêtrement de fils électriques vient parfaire l’impression de désordre. On commence a avoir l’habitude
.
Fourbus par nos 24 heures de bus, nous larguons nos sacs en quête d’un déjeuner de poissons et fruits de mer. Nous tentons au hasard le Caruso qui fait face à notre hôtel. La ville aux 42 collines fait honneur à sa réputation, on se régale !
Une fois dégustés « Reineta » grillée et pâtes aux fruit de mer, nous partons à la découverte de la ville. La « petite San Francisco » s’est construite sur les reliefs surplombant la grande bleue et s’organise en diptyque autour d’un front de mer regroupant un marché central, les activités portuaires et des bâtiments officiels (la ville basse), avant de s’élever plus ou moins anarchiquement vers ses nombreux quartiers -ou cerros- arrimés à flanc de pente (la ville haute).
Le premier contact avec le quartier du port, séparé des docks par une avenue bruyante et encombrée, est rugueux comme il se doit : des rues sales et malodorantes, des bâtiments négligés aux vitres brisées, beaucoup de gueules cassées par la misère et par l’alcool… Sous la grisaille de ce début d’après-midi, Valpo, comme on l’appelle ici, n’a plus vingt ans depuis longtemps. Abandonnant la ville basse, nous nous lançons à l’assaut de la ville haute où s’impose partout le fil de la pente.
A chaque colline son cerro… Carcel, Florida, Bellavista ou Concepcion, ici s’entremêlent des maisons souvent fatiguées et chahutent les habituels chiens errants. A mesure que nous gravissons (ici on ne monte pas, on gravit !) et descendons au hasard les ruelles, la vue change et se dégage parfois, offrant des perspectives exceptionnelles sur telle ou telle colline. C’est d’ailleurs le développement des cerros sur les hauteurs qui a poussé la municipalité à ouvrir des lignes de funiculaires au XIXe siècle. Ne restent aujourd’hui de ce symbole qu’une petite quinzaine de ces « ascensores ». Exploités par une machinerie archaïque, dont on se demande parfois comment elle tient encore, ils affrontent des pentes pouvant dépasser 60%.
Valparaiso est aussi célèbre pour sa concentration de maisons bancales et colorées qui donnent à certains quartiers cette apparence de mosaïque géante. Par chance, le ciel se dégage à mesure que nous nous élevons sur les hauteurs, pour mettre en beauté les couleurs de cette ville labyrinthe. Nous passons d’une colline à une autre par une multitude d’escaliers, de passages et de ruelles escarpées dans lesquelles il est aisé de se perdre. Inutile de chercher à se repérer dans ce dédale, ce serait sacrilège que de vouloir suivre un itinéraire prédéfini… plus que toute autre Valparaiso se parcourt le nez au vent !
Au hasard de nos déambulations, nous découvrons une autre facette de cette cité maritime, celle qui habille les façades et les murs d’un art de rue incroyablement riche et difficilement répertoriable. De simples graffitis ou dessins plus élaborés côtoient de véritables peintures murales, comme dans dans le museo a cielo abierto du quartier Bellavista (classé au patrimoine mondial de l’Unesco). Ici pas de page blanche, l’inspiration est inégale mais la couleur est partout, les dessins s’intégrant à l’architecture. Certains nous impressionnent, d’autres un peu moins… mais Valparaiso est un pur régal pour les amateurs du genre. Sous le regard amoureux de ses artistes de rue, peintres de l’éphémère, la vieille dame, fardée de couleurs vives et de motifs audacieux, ne fait plus guère son âge !
Nous continuons l’exploration de Bellavista avec d’autres vues sur la ville et des marées de toits de tôle rapiécés. Sous un soleil magnifique, la conquête (ici on ne gravit plus, on conquiert !) de la calle Yerbas Buenas nous réserve une bonne suée, mais la marche en vaut la chandelle car c’est là que se niche « la Sebastiana », l’une des maisons de Pablo Neruda léguée au peuple chilien. L’endroit est exceptionnel, tant par son histoire que son architecture.
Le bureau de poète se niche au sommet de cette maison en forme de périscope tout en rondeur. Chaque étage jouit de vues exceptionnelles sur l’océan, magnifiées par de superbes baies vitrées courbes qui leur donnent une profondeur inhabituelle. Neruda approchait la soixantaine lorsqu’il acquit cette demeure et la maison conserve certains des trésors amassés au cours d’une vie incroyablement riche : meubles, dessins, photos… la plupart des objets ont un lien avec la mer. Il faut dire qu’on ne voit qu’elle, invitée d’honneur dans toutes les pièces ou presque. Le lieu dégage quelque chose d’apaisant et de mystérieux, comme une invitation à la rêverie…
Nous quittons Valparaiso pour la capitale, après nous être laissés entrainer avec bonheur dans cette ville ensorcelante. Nous n’y avons été que passants, mais quelle belle étape !





Ville o combien mythique chargée d histoire une autre. San Francisco mais bien plus abîmée ,véritable plongeon dans un lourd passé .et cette maison de Neruda,un phare face au PAcifique,génial tout ça Quel plaisir de voyager avec vous par procuration.
Bisous
Mum
C’est une ville bouillonnante entre terre et mer, oscillant entre décrépitude et modernité, tout en montée et en descente, jamais vraiment loin de son histoire. Et nous ne t’avons même pas parlé des chats qui l’habitent… Bref, on a adoré !
Bisous
joyeux noel à vous merci pour ces belles rêveries. Avez vous rencontré les Mapuches? Sont ils des citoyens de 2 eme zone? Les espagnols n’ont jamais réussi à les asservir seul le temps a reussi
Il y a un poéme du 16 eme siècle qui relate leur exploit et leur résistance
je dèouvre votre blog avec un gros retard , et un grand plaisir. Vous êtes paIsé à 200 km de la ville de naissance de Debora dans l’ètat du Rio Grande do Sul aprés iguacu
Amities Roberto
Hola Roberto! Nous avons été séduits par les paysages tropicaux du Nord-Est argentin, qui ne doivent pas trop différer des régions voisines du Brésil. Pour ce que nous avons lu, le traitement des peuples indigènes au Chili laisse toujours à désirer… Mais les gens que nous avons rencontré dans le coin de Chiloé ont préféré nous parler de leur mythologie très riche. Nous avons bien aimé le mythe du Trauco, ce nain difforme au charme irrésistible, responsable de nombre de naissances inexpliquées sur l’île!
Belle et heureuse année à vous!
C’est toujours un plaisir de vous lire et je tenais a vous souhaiter tous mes voeux pour cette nouvelle année 2012 placée pour vous sous le signe des tribulations en tout genre pou travers de ce magnifique continent!!!
Porter vous bien, profitez et faites nous encore partager ces magnifiques paysages et ces rencontres!!
La bise!
A notre tour de vous souhaiter une belle année 2012 à tous les 3… espérant rattraper rapidement notre retard de blog pour continuer à partager un peu de ce qu’on aime découvrir ici.
Des grosses bises